samedi 10 novembre 2018

Ça fait 3 mois.

Le 27 octobre, ça a fait 3 mois que je sais exactement ce qui m'arrive. Que je sais que j'ai un cancer du poumon donc. Je sais que j'avais dit que je ne parlerais pas que de ça. Mais force est de constater que pour le moment, c'est surtout de ça dont j'ai besoin. Donc, bah j'écris.

Donc 3 mois. Et j'ai eu des nouveaux résultats de scanner. Celui d'il y a 6 semaines était bon, la maladie restait à sa place. J'avoue, j'avais un peu stressé, mais vraiment pas trop. Je me sentais plus pas trop mal de ce côté là. pas plus malade, même moins, parce que mes ganglions me laissaient tranquille. Mais j'avoue, pour le dernier scanner, qui a eu lieu lundi, j'étais vraiment stressée, j'avais le ventre tordu dans tous les sens, je le sentais mal. Ça faisait des semaines que j'étais sûre que la maladie évoluait, malgré tous ceux qui tentaient d'être rassurant. Mes ganglions gonflaient beaucoup, j'en sentais de nouveau, il a fallu me remettre deux fois sous corticoïdes pour que je puisse respirer et manger convenablement... Bref, j'étais pas rassurée lundi. Et effectivement, j'avais raison, l'oncologue m'a annoncé que la maladie avait malheureusement progressé et qu'en prime, j'avais une embolie pulmonaire. Importante sur les clichés. Mais moi, j'allais plutôt bien. Enfin, ça faisait quelques temps que je m'inquiétais de sensations bizarres dans les poumons, mais l'examen était bon, mes constantes aussi, alors on a pas fait de scanner ni d'hospitalisation. Et finalement, il aurait peut être fallu faire au moins le scanner... Bref, je vais quand même bien, pas besoin de rester à l'hôpital, j'ai juste des injections d'anticoagulants à faire chaque jour. Pour le reste, on perd pas plus de temps avec la chimio. On est passé mercredi à l'immunothérapie qui s'est plutôt bien passée.

Émotionnellement, honnêtement, ça a été difficile à encaisser. Ça l'est encore. Apprendre que ces dernières chimio n'ont pas servi, que je suis encore plus malade qu'avant... c'est dur. J'ai l'impression que ma "date de péremption" a été avancée. Alors mon oncologue m'a dit qu'ils reprenaient les recherches sur ma biopsie, pour voir si y avait pas d'autres traitements basés sur les gènes qui puissent me correspondre. Je suis jeune, il faut tout tenter pour me garder en vie. Et je suis totalement d'accord. Je lui en suis reconnaissante.

Ça fait 3 mois que je sais ce que j'ai. 5 que je sais que je suis malade de quelque chose. Et la maladie a encore évolué et colonisé un peu plus mon corps. Et c'est si dur à accepter ! Je veux pas que ça avance. Je veux qu'on me dise "madame, vous êtes guérie...!" Je sais que c'est naïf. Et impossible avec cette pathologie. Mais j'aimerais tellement ! Ca fait 5 mois que je suis malade. Je trouve que ça suffit. C'est assez. on a tous compris qu'il fallait que je prenne plus de temps pour moi, qu'on voit le joli, qu'on s'aime chaque minute. C'est bon, on a eu peur de la mort, on a compris. On sait qu'on peut partir à  tout moment et que la vie est fragile et qu'on doit profiter. J'ai plus "besoin" d'être malade. Merci beaucoup pour cette leçon de vie. Je peux être guérie maintenant, s'il vous plait ?

Bah quoi ? Faut bien demander non ?

C'est si long 5 mois. Ou même 3 d'officiels.

Mais bon, comme personne n'a jamais passé une porte en criant "POISSON D'AVRIL, T'AVAIS RIEN!", bah j'ai décidé d'avancer. Comme d'habitude. De voir le joli et le bon côté des choses : L'immunothérapie a moins d'effets secondaires, et si mon oncologue s'est tourné vers ça, c'est qu'il pense que ça va fonctionner. Alors j'avance, je lui fais confiance. Je retrouve mon sourire, parce que j'en ai besoin. Je sèche mes larmes, parce que pour avancer, oui, il faut évacuer, mais il ne faut pas s'apitoyer.

Alors j'accepte d'être malade, d'avancer, encore et toujours. Parce que finalement, est-ce que j'ai vraiment le choix ? Je comprenais pas vraiment, avant, ce qu'on voulait dire par "il faut se battre" en parlant des malades face à la maladie. Bah ça y est, j'ai compris.

Et je ne cesserai jamais de me battre pour vivre t rester auprès des miens.

Ce billet est totalement décousu et porteur de mauvaises nouvelles, mais je te remercie de l'avoir lu. Passe une bonne journée, je t'embrasse !

vendredi 28 septembre 2018

Et la maisonnée alors? Comment ils ont réagi ?

Depuis que je sais qu'y a un truc qui cloche, je parle de moi, et encore de moi. Ce qui reste logique, puisque ça m'arrive à moi. Mais je ne suis pas seule à vivre tout ça.

Il y a mon compagnon déjà, qui a, dès mon accouchement (et son congé paternité du coup), abandonné le travail pour m'aider avec Petit Astre et les grands, et ça tombait bien parce que mon état de santé s'est clairement dégradé à partir de ce moment-là. Avant l'accouchement, j'avais la forme, tout allait bien, la veille de mon accouchement, j'allais à l'école d'un bon pas avec ma poussette (avec Arc-en-ciel dedans) et mon gros ventre pour aller chercher les grands. Mais quelques jours après l'accouchement, j'étais clouée au canapé, mon dos ne suivant pas. Et ça s'est aggravé au point de me forcer à marcher pliée en deux. Sans parler de la fièvre, de l'épuisement et tout ce que j'ai déjà détaillé ici.
Bref, mon homme a dû prendre le relais. Il a dû apprendre, en quelques jours à s'occuper des enfants, faire à manger, faire le ménage, endosser la "charge mentale" que je me coltine depuis toujours. Et même s'occuper du tout mini bébé la nuit une fois que l'allaitement a été terminé. Autant dire que je ne fais plus grand chose. Et pourtant, parfois ça reste trop pour moi... Heureusement qu'il est là, franchement ! S'il travaillait, je ne sais pas du tout comment je ferais !

Il y a aussi les enfants. Ils sont pris dans la tourmente sans avoir rien demandé... Et s'adaptent si bien ! Parfois avec un pincement au coeur de ma part d'ailleurs. Le machinal "mamaaaan?!" est devenu "papaaaa?!" par exemple. Et ça ça pique. Ne parlons pas du fait que Petit Astre ait son papa comme figure d'attachement principale non plus...
De ce qui est de la maladie, tous sont au courant. Oui, même Rorore. Parce que c'est important qu'ils sachent. Alors non, ils ne savent pas tout, évidemment. On ne leur a pas dit que je vivrais sûrement moins longtemps que prévu. Par contre, ils savent pourquoi je vais à l'hôpital, ils savent que je ne guérirais pas, et que c'est grave. Ils savent que je me fatigue plus vite, que je peux être mal aussi.

Doudou est devenu encore plus câlin que d'ordinaire. Il vient constamment me serrer dans ses bras, me faire des bisous et me dire je t'aime. C'est celui (évidemment) qui a le mieux compris ce qui se passait et je pense qu'inconsciemment, il en comprend encore plus. Il est aussi devenu plus sensible en général. Il avait déjà peur de la fin du monde etc depuis plusieurs mois, il a désormais également peur de nous perdre. C'est déstabilisant, et je ne sais pas trop comment le rassurer, sans lui mentir en prime. Il a également envie de nous faire plaisir : à l'école, globalement, ça se passe mieux. Chaque jour, il a une note de comportement.... Et il lui est arrivé de tricher pour nous faire plaisir. La maîtresse était vraiment fâchée. Nous avons donc rendez-vous cet après-midi afin de lui expliquer la situation... et qu'elle comprenne pourquoi Aloys a fait ça. Parce que non, nous n'avons pas pensé en début d'année qu'il était important de dire aux maîtresses que j'étais malade alors que peut être que si finalement.

La Bulle est devenue encore plus secrète, si c'est possible. Elle est plus câline également. Pas qu'elle ne l'était pas avant, mais j'avais l'impression qu'elle n'osait pas (Oo). Elle est passée par dessus ça et réclame (enfin!) sa part. Elle me dit toujours, comme depuis des mois (ce qui me fait me demander si elle n'avait pas senti quelque chose, finalement) "tu sais maman, je t'oublierai jamais ! Je t'aime!". Imagine le choc lorsque j'ai appris que j'étais malade et que je me suis rappelé de cette phrase de ma petite fille de 4 ans....! Elle est aussi encline à exploser en sanglot sans raison apparente, notamment lorsque j'ai été hospitalisée 11 jours lors de ma première cure. Désormais, elle a peur que je reste aussi longtemps quand je pars. Niveau école, elle est toujours la même petite fille appliquée, mais il faudra quand même que nous prévenions sa maîtresse au cas où, bien que son ancienne maîtresse et son ancienne ATSEM soient au courant (on s'entendait très bien, je les ai donc mises au courant, sachant que l'ATSEM savait pour mes ganglions l'an dernier).

Arc-en-ciel, je sais pas trop si son comportement actuel est lié à la maladie. Parce qu'elle a eu une petite soeur... et 2 ans aussi. Elle est collante et veut des câlins touuuut le temps (et pas n'importe lesquels : "dans les bras!"), elle veut faire le potit bébé (boire son bibi d'eau dans nos bras), elle crie NOOOOOOON, elle exige, elle n'est jamais d'accord.... Mais distribue de l'amour à tout le monde. Des bisous, des câlins, en veux-tu en voilà.... Et des baffes pour sa grande soeur aussi. Je ne sais pas pourquoi, mais martyriser Ambre est son grand dada. Elle a du mal à me voir partir, je pense à cause de ma longue hospitalisation, elle est passionnée par les pansements (étrangement), mais au niveau de la maladie, c'est tout. Le reste, je pense vraiment que c'est parce qu'elle a le cul entre deux chaises : mi bébé mi petite fille, et grande soeur de surcroît !

Petit Astre, elle, n'a connu que la maladie, les absences de maman, et le relais de papa. Alors ma foi, ça va. Elle est parfaite. Elle dort bien, a pris le bibi comme si c'était naturel, s'adapte lorsque je ne suis pas là... Bref, le bébé dont tout le monde rêve. C'est un bébé sourire, un bébé magique quoi ! Elle aussi je lui ai expliqué, notamment parce qu'il fallait la sevrer. Et elle a été sevrée d'un coup, sans que ça soit progressif.... Et elle n'a rien dit. Quand je dis qu'elle est magique !

Bref, chacun prend ses marques, chacun s'acclimate peu à peu. Pour nous, parents, c'est pas toujours facile, surtout avec un bébé de pas encore 4 mois. Mais on fait au mieux. On prend notre mal en patience, on sait que ça passera. Et on sait que de jour en jour, on s'organise de mieux en mieux. Aussi difficile que ça puisse être avec mon corps qui suit pas et celui de mon homme qui fatigue de tout faire. Alors oui, je faisais quasi tout ce qu'il fait. Quasi parce que je n'ai jamais connu ce que c'était d'avoir 4 enfants! Mais surtout, pour moi, tout est arrivé progressivement. Lui, il faisait quasi rien et d'un coup, hop, 4 enfants, le ménage, la charge mentale.... et surtout, me voir malade, lui qui me pensait indestructible! On tâtonne, on accepte l'aide qu'on nous propose, que ça soit les proches (ma mère vient tous les mercredis par exemple) ou les institutions (on a une aide ménagère et on aura surement quelqu'un pour nous aider avec les enfants). Notre routine commence à être en place, il va bientôt être temps de prendre du temps, juste à deux, pour se retrouver !

Bonne journée, je t'embrasse !







mardi 25 septembre 2018

Et dans la tourmente, ce corps.

Si y a bien quelque chose à laquelle je n'étais pas préparée lorsque mon oncologue m'a dit "vous êtes atteinte d'un cancer du poumon", c'était que mon rapport à mon corps allait changer à ce point.





Quand on est enceinte, on nous prépare à ça. On nous dit de ne pas nous en vouloir si on ne réussit pas à consacrer notre corps (surtout si on allaite) uniquement à notre enfant. Que le reste reviendra au moment voulu et que chacun doit être patient. Personnellement, je n'ai jamais eu de mal à dissocier ou plutôt à conjuguer mon corps de mère et mon corps de femme. J'ai toujours été moi. Avant d'être mère, en attendant de l'être, portant la vie, venant de la donner, allaitante ou après l'allaitement. Mon corps était lui, sans complexe, sans pudeur exagérée. Je lui faisais confiance. Il était fort. Il était puissant. Il avait supporté ma vie, il m'avait supporté moi, il avait porté la vie sans jamais aucun problème. Il l'avait donné chirurgicalement et c'était vite relevé. Il l'avait donné naturellement comme si ça avait été le but de sa vie. Bref. Mon corps, ma machine était une force de la nature.

"Vous êtes atteinte d'un cancer du poumon"


Cette phrase a détruit, en une seconde toute cette confiance que j'avais en lui. Oui, je savais que j'étais malade avant cette phrase. Mais l'autre, le lymphome, y avait moyen de guérir. Mon corps l'aurait fait, avec force et panache. Mais celui-ci ? Non, il ne peut pas. Il m'avait trahi. Je me sentais (je pense que je me sens toujours, j'ai du travail à faire là-dessus encore je pense) trahie par ce corps. Comment après toutes ces prouesses, il pouvait me faire ça ? Me faire ça à moi ?! Je veux dire... Il a rarement été malade pendant ses 29 ans presque 30 de vie... Et là il me sort le pire diagnostic que je redoutais ? Il avait pas le droit... Mais c'est pas seulement ce sentiment de trahison qui font que le rapport au corps est difficile...

Y a aussi le fait que depuis mai, il passe par tous les examens. Radio, prises de sang à gogo, scanner, irm, pet scan, ponction ganglionnaire, biopsie, tatouages médicaux, arrachage de dent (enceinte!), pose d'une chambre implantable, dépose de la chambre implantable, pose du picc-line (ces derniers sous anesthésie locale), sans parler de toutes les auscultations, palpations, pesées. Tout autant d'actes qui font qu'on s'éloigne de son corps. On laisse le champ libre au corps médical. On le laisse gérer tout ça, on regarde de l'extérieur. Ah, je dois être en culotte pour ce scanner, avec seulement un petit morceau de papier pour cacher ma poitrine et ce sont des hommes qui s'occupent de me placer dans la machine, de me bouger pour que tout soit bien calibré ? Ok, occupez-vous de mon corps, je m'en fiche de toute manière, je ne suis pas pudique. Venez faire un scanner à telle heure telle jour, venez avec tel produit de contraste. Ok, injectez moi ce que vous voulez, c'est pas grave, je sais que c'est pour mon bien. Je peux vous ausculter ? Bien sûr, docteur !

Et voilà, comment entre ces deux paramètres, j'ai oublié que mon corps était aussi moi. J'étais pas prévenue. Et un jour, alors que je repoussais mon homme, je me suis entendue lui dire "je suis désolée, je suis pas prête". Et je me suis rendue compte que mon corps n'était plus le mien. Que je m'étais dissocié de lui. Que j'avais oublié qu'il n'était pas que la douleur, qu'il n'était pas que les protocoles. Qu'il n'était pas qu'explorations médicales. J'avais oublié qu'il pouvait être source de plaisir. Un câlin, une caresse, un massage, ou plus même. Qu'il fallait accepter qu'on m'approche, qu'on me touche. Que je devais le réintégrer, pour être enfin à nouveau moi, entièrement moi.

Sauf que c'est pas si facile. Déjà, il faut accepter que mon corps ait ses faiblesses, que non, c'était pas une machine invincible. Dur quand on l'a toujours cru. Ensuite, il faut apprivoiser le fait que je suis malade. Que ce cancer est le mien. Dur bis. Mais d'un côté, ça fera 2 mois le 27 que je sais exactement ce que j'ai. On peut pas dire que ça soit vieux, quand même. Ah, et puis, il faut accepter que j'ai un problème avec mon corps, aussi, accessoirement.

Bref, tout autant de chose dont je n'étais pas au courant et qui m'ont prise de court. Qui m'ont faites pleurer aussi, parce que je me suis rendue compte que les racines en étaient profondes. Et qu'il fallait que je réapprenne tout ça. Au travers de massages (j'en ai eu un ce matin avec la socio-esthéticienne de l'hôpital, ça fait du bien!), de caresses, de câlins... doucement, à mon rythme...


Après avoir lu ce billet, tu dois te demander pourquoi je raconte tout ça... Parce que moi je ne l'ai lu nulle part. Je n'étais pas prévenue. Et si c'est pas toi qui est malade, c'est peut être un de tes proches qui s'y reconnaîtra. Qui se dira que oui, en effet, c'est ça qu'il ressent et qu'il faut travailler dessus pour aller mieux, pour mieux vivre avec cet indésirable. Bref, ça peut toujours être utile, je me dis ! (puis le sondage instagram était en faveur de ce billet x))

Bonne soirée, je t'embrasse !


mardi 28 août 2018

Et le joli est là

Ca y est, les traitements ont commencé. Le 13 août, j'ai fait ma première chimio.
Comment ça s'est passé ?
Je vais pas te mentir : ça s'est mal passé. Tellement qu'ils ont décidé de me garder 4jours au lieu de 24h. Parce que j'ai deux produits, dont un qui donne beaucoup de nausées. Et si tu me suis depuis quelques temps, tu sais que j'y suis très sensible, puisque j'ai été hospitalisée à cause de ça en début de grossesse pour Petit Astre. Donc là, ça a pas été une partie de plaisir. J'ai mal réagi au produit pour empêcher les nausées aussi. J'avais du mal à rester éveillée, mes mains faisaient n'importe quoi, j'avais quand même des nausées... et il me stressait tellement que j'en était malade quand on me disait qu'on allait me le donner. J'ai donc fini par refuser qu'on me le donne. Tout mais pas ça !
Je suis finalement restée 11j à l'hopital, puisqu'en prime j'"aii fait un staphylocoque sur la chambre implantable. J'ai donc maintenant un Picc line, une sorte de perfusion améliorée dans le bras (avec cable de 45cm jusqu'au coeur Oo) qui se change tous les 3 mois contrairement à la chambre qui était permanente. Je suis dégoutée, hein ! J'ai aussi développé des acouphènes pour compléter le tableau. Bref, ça a pas été une partie de plaisir quoi !

Sinon, les plus de cette hospitalisation (bah ui elle a pas été cool mais elle a eu aussi des effets bénéfiques!) : j'ai enfin des traitements contre la douleur, je n'ai enfin plus mal ! et ça, ça n'a pas de prix ! J'ai arrêté d'avoir de la fièvre quotidiennement, la radiothérapie a fonctionné du tonnerre puisque je peux marcher normalement sans cette douleur en ceinture qui me paralysait à moitié ! J'ai retrouvé le sourire, la joie de vivre.




Genre (la fille paradoxale!), j'ai jamais été aussi heureuse. J'ai évidemment conscience de la maladie, de sa gravité et je ne l'oublie pas, mais j'ai enfin compris que la vie est belle si on regarde comme il faut. Que l'amour est partout. Que se prendre la tête pour des broutilles pollue bien plus qu'on ne le pense, et honnêtement, j'ai plus le temps pour ça. Alors oui, ça n'empêche pas que certaines personnes m'ont déçues depuis l'annonce de la maladie. Ca ne m'empêche pas de me fâcher avec mes enfants et mon homme (ben ui il est relou des fois xD). Mais je crois que la colère n'est plus là. Je veux dire : avant elle n'attendait toujours que ça, de sortir telle une bombe. Et là... non. Par contre, j'ai toujours un sourire qui attend, une larme de bonheur de mon coeur enflé de l'amour de mes proches et de mes amis. Je crois que ce premier traitement, de par sa difficulté et sa longueur m'a apporté une belle leçon.

L'important, c'est de voir le joli. C'est CA qui m'aidera à tenir dans les moments les plus difficiles. C'est ça qui m'a aidé à tenir loin de mon si petit bébé pendant toutes ces longues journées dans ma chambre minuscule. Qui m'a aidé à tenir pendant qu'on m'ouvrait encore pour retirer ce qui avait été posé 10j avant. Pendant qu'on me charcutait le bras pour poser encore autre chose. Moi qui suis tétanisée par les actes chirurgicaux, et encore plus en anesthésie locale parce que j'ai une peur panique d'avoir mal. C'est le joli qui m'a aidé à tenir. Du joli que j'ai trouvé à l'hôpital dans le sourire des soignants, dans leur sollicitude.

On me demande souvent comment je vais, comment je fais pour sourire. C'est ça ma recette : juste l'amour. Je suis bien entourée. Par mes proches et mes amis, et même à l'hôpital. Et j'ai commencé à écrire aussi, sur ma maladie, sur comment je la vis. Alors ça pique et ça fait pleurer. Mais ça fait du bien. J'ai pas plus de mérite qu'une autre. Juste j'ai décidé une chose :


Je vais VIVRE !



Bonne journée, je t'embrasse !

samedi 11 août 2018

Le ciel m'est tombé sur la tête

Depuis le 27, j'ai le diagnostic final. Deux semaines déjà que je sais. Que j'ai rencontré cet homme à la voix douce qui m'a amené cette mauvaise nouvelle aussi doucement et avec le plus de sollicitude possible.
Deux semaines que j'ai appris les raisons de mes douleurs et qu'enfin je comprenne pourquoi elles étaient là, alors qu'elles n'étaient pas censées exister.


Hier en revenant du bloc après la pose de la chambre.
Crois pas, si j'ai bonne mine c'est juste l'adrénaline hein, j'avais beaucoup stressé et la pression n'est redescendue qu'à la maison où j'ai eu très envie de dormir, eu mal et où je me suis fâchée contre mon homme qui avait pas compris que j'étais incapable de faire quoique ce soit, comme m'occuper d'un bébé...!


Ça fait maintenant 2 semaines qu'on m'a dit qu'au lieu du "sympa" hodgkin, c'était une enflure de cancer du poumon qui me colonisait. Puis tu sais, pas la forme sympa où y a une tumeur, on l'enlève, et on en parle plus. Non, celle qui a semé des graines partout dans ton corps, jusque sur tes os, qu'on ne guérit pas. Celle qui te prédit avec certitude qu'elle sera ton bourreau. Quand ? un jour, à plus ou moins long terme, on sait pas. Mais un jour, ce cancer m'aura. Comme la grosse enflure qu'il est. J'aurais carrément préféré hodgkin. Il est pas cool, ça reste un cancer. Mais lui, en quelques mois de combat, t'en parles plus.
 Alors que là, pour moi, c'est chimio à vie, des rayons aussi, des douleurs, des tristesses, et tout un deuil que j'étais pas prête à faire : celui de ma vie quotidienne que j'appréciais enfin, celui de l'avenir parce que je ne sais pas de quoi il sera fait. J'étais pas prête à entendre ce qu'il m'a dit. J'étais pas prête à penser à la mort. Je savais qu'il m'annoncerait une mauvaise nouvelle. Mais qu'elle le soit autant ? Non, jamais. J'ai eu l'impression de prendre un coup de batte dans la face. 
Depuis deux semaines je cours partout pour les derniers examens avant le début des traitements. Hier j'ai même fait une petite chirurgie dont je me serais bien passée. La pose d'une chambre implantable, sous la peau de ma poitrine. C'est un petit dispositif dans lequel ils vont piquer et qui est relié directement à la veine cave, pour faire passer la chimio. Et dire que j'ai un problème avec les modifications corporelles ! Encore un deuil à faire : celui de l'intégrité physique (qui était déjà pas mal engagé avec ma grosse perte de poids, mais bon).
Franchement, c'est pas facile comme situation. Je tente de garder le moral et le sourire... Ou peut être que je me cache derrière. Parce que si j'y réfléchis un peu trop, j'ai très (très) envie de pleurer. J'ai tellement pas envie que ma vie change, ni de vivre tout ça. Ni d'être malade ! J'ai envie de crier "POURQUOI MOI?!!" environ 10 fois par jour. J'ai envie d'arrêter d'en parler, d'y penser, sans le pouvoir. J'ai tellement envie que ça n'existe pas ! Que ça soit un cauchemar dont je me réveillerais ! J'ai tellement envie de retourner dans le passé...
J'ai envie de m'occuper de mon bébé comme je me suis occupée des autres mais j'en suis incapable. Je suis fatiguée, je m'agace vite, je ne l'allaite plus, j'ai acheté une poussette faute de pouvoir la porter.... Tout est aux antipodes de ce que j'ai fait avec mes autres, et que j'aime faire. je dois faire le deuil d'à peu près tout ce qui me tient à coeur. C'est si dur. Alors évidemment, j'ai du soutien moral et physique, je ne suis pas seule, loin de là. Mais je suis seule dans ma tête pour gérer tout ça, pour l'accepter, pour vivre ce que je vis. Et y a des jours où j'y arrive pas. Où j'arrive pas à gérer les relations humaines parce que je ne me gère pas moi-même. Je tourne comme un loup en cage dans ma propre tête, alors je ne peux pas faire attention aux autres... et je culpabilise après. Comme pour beaucoup de chose d'ailleurs. Mon homme s'occupe de tout à la maison. Ménage, bouffe, enfants, courses... ça me rend dingue. Ça me rend dingue de ne pouvoir l'aider plus que pour des broutilles. C'était moi qui faisait tout, qui gérait tout. Maintenant je gère mon canapé. Super. 

Enfin... lundi, j'ai ma première chimio, mardi ma première séance de rayons. J'ai peur de mal supporter, mais je me dis qu'enfin on va faire quelque chose pour que cette foutue maladie se calme un peu. J'espère que mes ganglions (qui se sont encore multipliés, sur la clavicule droite, mais aussi gauche, sans parler de ceux planqués à l'intérieur!) diminueront et cesseront de me faire mal, que ma toux et ma fièvre quotidienne se barreront, et que mon dos qui me pourrit la vie depuis des semaines me laissera un peu en paix. Serais-je folle d'espérer retrouver un sommeil correct aussi ? Qui sait, peut être qu'à défaut de guérir je serais enfin soulagée !


Merci d'avoir lu ce billet décousu et pas très joyeux, je t'embrasse !