mardi 15 janvier 2019

[MemoreM] : semaine 3 : Un(e) ami(e) pas comme les autres




Je reviens cette semaine encore pour le MemoreM de Mouss, mais que veux-tu, ses thèmes m'inspirent bien plus que mon quotidien !

Cette semaine, le thème est donc :


" De quand date mon premier souvenir  ? Je n'en sais rien. Peut-être vers mes 3 ans. Peut-être un peu plus, quatre. Mais pas cinq, c'est certain.
Je me souviens le trajet de l'école, sous les prunus en fleurs. La joie d'un petit vent de printemps soulevant nos jupettes légères. Ces cris de joies qui résonnent à mes oreilles, en me souvenant de nos jeux infinis sur le trottoir, bondissant la joie de vivre. Ses cheveux de feu, volant devant moi, tandis qu'elle me tirais pour aller jouer, parce que mes petites jambes ne suivaient pas la cadence. Et ses secrets, partagés sous une cabane couette, à moitié chuchotés, à moitié rigolés, et encore une autre moitié piqués de cris stridents, pour lesquels on se faisait gronder et ordonner de regagner nos lits !
Puis on a grandi et les rires on changé. Comme les petits garçons, ils se sont fait moins aigus... mais pas moins hystériques ! Ces confidences sur l'oreiller, parce que dormir, c'est nul, mais veiller jusqu'à pas d'heure à la lumière des lampadaires, c'est tellement mieux ! Ces histoires de garçons dont on était amoureuse, mais vers qui, Ô grand jamais ! on n'aurait fait le premier pas !
Ces heures, à chercher ensemble la tenue parfaite pour la rentrée des classes afin d'être certaines d'être remarquées et de faire une bonne impression. Et le souvenir de sa main dans mes longs cheveux de jais tandis qu'elle tente de les dompter. Ah ! Elle était si belle, et je voulais tant lui ressembler ! Ses cheveux si vifs, tandis que les miens étaient si noirs, sa peau d'albâtre piquées de larmes de soleil, alors que la mienne était si sombre. Son corps de liane, tandis que le mien était si lourd, si pataud. Comme j'aurais voulu être elle ! Mais elle me rassurait. J'étais belle. On me regardait. C'est sûr, j'étais aimée en secret ! Evidemment ! Le prince charmant finirait par se manifester !
Et un jour, elle est partie. Parce qu'il fallait bien grandir. Mais pas loin, bien sûr. Et souvent, nous nous retrouvions, à la faveur du doux crépuscule, pour nous raconter à quel point la vie était difficile. A quel point le prince charmant se faisait attendre. A quel point c'était nul, finalement, cette vie de grand que nous avions toujours fantasmée !
Mais parfois, nous redevenions des enfants, nous courant après en criant et riant, comme lorsque le vent soulevait nos jupettes, remplacées par des pantalons patt'd'eph. Et comme jadis, nous finissions par nous écrouler dans l'herbe, riant et cherchant notre souffle. Puis nos mains se trouvaient, se serraient, communiquant ainsi tout notre amour d'être là, ensemble.
Ma soeur...

Avoue, elle est jolie cette histoire, non ? Moi, je la trouve belle à en chialer. J'aurais tellement voulu la vivre, à la place de toutes ces années de malheur, de tristesse et de solitude infinie.Et pourtant, c'est pas tout à fait comme ça que ça s'est passé.
En vérité, elle est partie bien plus tôt qu'à la majorité. Bien, bien plus tôt. 
Et je l'ai détestée. Détesté d'être partie. Détestée de pas être elle. J'ai été jalouse qu'elle ne vive pas le malheur que j'ai vécu, pensant que sa vie était celle d'une princesse. J'ai découvert, ces derniers jours que nos vies n'étaient juste pas les mêmes, mais qu'elle n'était pas une princesse non plus. 
Je l'ai crue superficielle, bien-pensante et égocentrique. J'ai découvert sa solitude de grandir sans ses frères et soeur. 
J'ai cru qu'elle me haïssait du plus profond de son coeur, qu'elle pensait que je n'étais rien, que je n'en valais pas la peine... Alors qu'elle cherchait désespérément, et maladroitement, mon affection.

Nous n'avons pas grandi ensemble, nous ne parlions pas la même langue. Mais à force d'effort, d'ajustement, de discussion qu'on aurait dû avoir tant d'années avant, on a fini par se retrouver. Par devenir sœurs d'abord. Parce que c'est terriblement dur d'être une soeur quand on ne parle pas la même langue, qu'on a pas les mêmes codes. 

Et finalement, je peux dire qu'enfin, nous sommes amies. Avec nos casseroles. Nos défauts. Nos physiques aux antipodes. 

Et je peux te le dire, maintenant, ma soeur, c'est vraiment une amie pas comme les autres !"

Je suis désolée, ces billets sont très très cathartiques. Mais je sais pas, il semble dans l'air du temps que je parle de tout ça, que je soigne des blessures que j'ignorais. Alors j'utilise la seule arme que j'ai : l'écriture... Et j'arrose tout ça de larmes qui font du bien.

Bonne soirée, je t'embrasse !

dimanche 6 janvier 2019

[MemoreM] : semaine 2 : Ce livre que j'aime tant !

Pour changer un peu de mes billets un peu tristounes de ces dernières semaines et pour me remettre à l'écriture doucement, j'ai décidé de participer au défit " MemoreM" de ma copine Mouss ! L'idée, c'est d'écrire sur un sujet donné pour la semaine, en utilisant un souvenir.... Vrai ou faux d'ailleurs ! Bref, ce défi, c'est pour écrire. Et ça tombe bien, j'ai envie d'écrire autre chose que mes états d'âme !

Cette semaine, le thème, c'est :

 


" J'aurais pu choisir plein de livres, qui ont bercé mon adolescence, qui ont construits ma vie. Que je lis et que je relis, plusieurs fois par an. J'aurais pu choisir Rowling, Tolkien, Eddings ou Nicholson. J'aurais pu choisir ce livre, avec un roi singe, qui m'a marqué par sa poésie. Narnia et ses mares magiques. J'aurais pu choisir tant de livres, tellement j'en ai lu. J'aurais pu choisir celui, énorme, lu fastidieusement. Ou celui-ci encore, qu'on m'a interdit d'emprunter, pour ma fierté.

Mais aujourd'hui, je vais plutôt parler de ce livre, Les enfants de la Lune. Je vais pas te mentir, l'histoire m'échappe totalement. Mais je vais te dire pourquoi ce livre, je l'aime tant.


Quand j'étais plus jeune, je vivais sous l'emprise d'un homme qui avait décidé que lire était une perte de temps. Lire m'était donc interdit. C'est donc tout naturellement que je me suis mise à lire tout ce qui me tombait sous la main au CDI du collège. J'ai commencé par tout ce qui était fantasy, pour me rabattre à la fin sur les Chair de Poule. Cet homme avait décidé également que jamais, je ne pourrais jouer avec mes frères. Parce que j'étais un mauvais exemple de fainéantise et d'autres vices. J'avais seulement 13 ans, alors mon seul vice était de vouloir être une enfant.
C'était, bien entendu, compter sans ma détermination et mon esprit de contradiction. Cet homme (le mari de ma mère) et ma mère sortaient parfois faire les courses, me laissant garder mes frères, et parfois le weekend en formation pour leur activité. Nous n'avions pas la télé, quasiment pas de jouets. Nos seules activités étaient donc liées à notre imagination. Mais l'hiver, jouer dans le jardin n'était pas confortable. Et lorsqu'ils n'étaient pas là, nous ne sortions donc pas. Mais nous nous ennuyons ferme.
Un jour, alors que nous étions seuls, j'ai proposé à mes frères de leur lire un livre, pour passer le temps. Les enfants de la lune. Ils ont accepté, heureux.
Nous nous sommes assis par terre près de la porte fenêtre, là où la lumière était la plus claire, un petit garçon de chaque côté de moi.

Et toute la journée, j'ai lu. Ne m'arrêtant que pour manger ou faire des poses pipi. Je ne sais plus si je l'ai lu en une seule journée, il me semble bien que si. Je me souviens que lorsque j'ai posé le livre après la dernière ligne, il nous a été très dur de redescendre sur Terre, après avoir voyagé jusqu'à la Lune toute cette journée.
Je me souviens de leur concentration, de leur silence pendant que je lisais, moi qui déteste lire à voix haute, mais qui avait décidé de le faire pour eux, pour le plus grand qui lisait encore peu, et pour le plus petit qui avait encore quelques années devant lui avant de savoir lire. Je me souviens de cette police particulière, que je voyais à travers les images qui se créaient dans ma tête à mesure que l'histoire avançait.

Et je me souviens également qu'il a été le premier d'une longue série. Notre premier acte de rébellion. Je lisais partout. Cachée dans leur cabane entre deux tâches ménagères. Le soir, dans ma chambre, tous les deux dans mon lit, à la lueur du lampadaire. Et à chacune de leurs absences. Je lisais, et ils écoutaient...

Alors ce livre, je ne m'en souviens pas, comme beaucoup d'autres que j'ai lu. Mais je me souviens de quelques images. Et surtout de celle de mes frères, assis près de moi, écoutant ma voix qui pour une fois ne butait pas sur les mots en me faisant rougir, mais qui coulait comme de l'eau, comme lorsque je lis pour moi-même."




J'espère que ce souvenir (authentique!) t'as plu ! 

Passe une bonne journée, je t'embrasse !

mercredi 21 novembre 2018

Ma (nouvelle) maternité

J'ai appris que j'étais malade quand j'étais enceinte de 37sa (j'ai su que c'était cancéreux, mais ils pensaient que c'était le lymphome d'Hodgkin). Durant ce rendez-vous, j'ai beaucoup pleuré, malgré le soulagement de savoir que je n'avais pas attrapé quelque chose qui mette sa vie en danger. Par contre, le traitement que j'aurais impliquait clairement que je ne pourrais pas allaiter ce bébé comme tous les autres. Et ça m'a brisé le coeur. J'au fondu en larmes quand le médecin m'a annoncé que l'allaitement serait impossible.
Dans les faits, il fallait faire une biopsie sous anesthésie générale pour être certain de la pathologie. Biopsie qui a été faite à ses 1 mois. J'avais déjà tout ça comme temps d'allaitement. Finalement, le temps que les résultats arrivent, j'ai eu presque 2 mois d'allaitement exclusif avec ma bébé. Du 6 juin au 28 juillet, où elle a pris sa dernière tétée. Elle est passée au bibi sans transition, un jour de mariage, comme si elle avait fait ça toute sa vie. Ma bébé magique...!

Pourquoi je commence ce billet en parlant d'allaitement ? Parce que c'est le point principal qui a changé dans ma maternité. Enfin.... Non, si je veux être honnête et ne pas me voiler la face, tout a changé en fait.

J'étais une maman très maternante, qui pratiquait le portage, l'allaitement, qui avait son bébé dans les bras quasi tout le temps, cododo et tout. Une maman... animale quoi. Enfin, c'est comme ça que je me voyais. Sauf que la maladie m'empêche d'être cette maman là. Déjà allaiter : interdiction. Les traitements sont clairement pas compatibles. Mais quelqu'un m'a demandé si je m'étais renseigné parce qu'on sait jamais... Oui, enfin... Chimio quoi. Le portage... Je fais peu, tout comme le portage à bras parce que mon métastase dans le dos est douloureux rapidement lorsque je la porte. Il faut dire qu'elle n'a jamais été un poids plume, puisqu'elle est née à 3kg700 et que maintenant, à 5mois et demi, elle en fait 8,5 ! Pour dire à quel point le portage est impossible, on a fait ce qu'on pensait ne jamais faire : acheter une nouvelle poussette compatible avec notre cosy pour sortir avec bébé ! Le cododo, on a arrêté quand l'allaitement s'est arrêté et que les traitements ont commencé : je suis sous morphine, je préfère ne pas prendre de risque. Je dors très profondément, que ça soit lié à la fatigue de la maladie ou à la morphine, j'entends jamais le réveil. Dormir avec un bébé me semble donc plutôt dangereux pour sa sécurité.
Le fait est également que du coup, papa s'occupe énormément d'elle. Je fatigue très vite, j'ai moins de patience que j'ai pu en avoir... et surtout, depuis mon long séjour (de 11j) à l'hôpital en août, Petit Astre ne jure que par papa.


Ma bébé magique 


Je n'arrive à calmer ses pleurs que rarement, alors que dès que son père la prend, elle se calme. Elle s'endort principalement sur lui, les regards qu'elle lui jettent sont sans équivoque: son pilier, c'est Lui.

Si vous saviez comme c'est douloureux ! De ne pas pouvoir faire comme j'ai toujours fait d'une part et de ne pas être son Tout. Combien de fois j'ai fini en pleurs avec mon bébé hurlant dans les bras ? Combien de fois je me suis mise à pleurer en la voyant se calmer dans les bras de son papa, tout en ayant conscience de l'égoïsme d'une telle pensée ?! Combien de fois j'ai pleuré de rage en faisant/voyant/lui donnant un biberon, avec cette envie viscérale de lui donner le sein qui lui fallait ?!

Globalement, la maladie est injuste, on est d'accord. Mais je crois que c'est là-dessus que je lui en veux le plus. De m'avoir volé ces instants avec mon bébé. Ce lien si particulier qu'une maman noue avec lui... bah je l'ai pas. Je la regarde souvent en me demandant si elle m'aime. Si elle sait que je suis sa maman et pas juste une des nombreuses personnes qui s'occupent d'elle. J'essaie de pallier à tous ces manques en lui donnant à manger, en la prenant régulièrement, en jouant avec elle, en l'endormant, quand elle veut bien. En lui murmurant à l'oreille à quel point je l'aime et à quel point elle m'est précieuse. Mais est-ce suffisant ?! J'ai tellement peur qu'un jour, elle m'en veuille. Qu'on ne s'entendent pas. Qu'on ait pas tous ces moments complices et câlins comme j'ai avec les autres, et surtout en ce moment avec Arc-en-ciel (2 ans reste l'âge que je préfère parce qu'ils sont encore un peu des bébés câlins et demandeurs, tout en étant assez autonomes).

Mais le pire... Le pire, c'est cette "jalousie" (je mets entre guillemets parce que j'aimerais en être capable mais je souhaite uniquement le bonheur des autres), quand je vois les autres mamans, vous les copines. Quand je vous vois porter vos bébés, sortir à l'école chercher les plus grands quelques jours après la naissance, quand je vous vois vous occuper de vos enfants chaque jour, faire les tâches du quotidien qui nous soûlent tout le temps, quand je vous vois allaiter, évidemment !
Je vous envie tellement! J'aimerais tellement pouvoir faire tout ça ! Mais je fatigue trop vite, j'ai mal... Je ne peux pas faire tout ça, je n'en suis plus capable. Je suis passée de tout gérer h24 le 5 juin à plus rien du tout (ou presque) depuis, parce que je ne peux pas.

Aussi stupide que ça soit parce que je ne voulais plus d'enfant, je me sentais complète, j'ai un pincement au coeur également quand je vois les femmes enceintes. Parce que finalement j'avais décidé oui, mais maintenant je suis obligée. Je ne pourrais plus jamais avoir de bébé. La porte laissée ouverte à ce petit 5ème accidentel (que nous aurions tout fait pour ne pas avoir) s'est claquée brusquement avec l'annonce de la maladie. Plus jamais, c'est fini. Alors quand je vois ces mamans qui en on 5, 6, 7... ça me pince le coeur également...



Ma maternité doit se réinventer. Trouver des parades à tout ce que je ne peux plus faire. Comment trouver ma place de mère quand je ne peux plus être celle que j'ai toujours été ? Comment être sûre que ce bébé, née au beau milieu de la tornade qu'est la maladie, ne soit pas lésée par rapport aux autres ? Qu'elle ne manque pas d'amour ? Qu'elle ne pense pas que sa maman l'aime moins qu'elle n'a aimé tous les autres ? Tous les jours je me pose la question. Tous les jours, je me demande si elle a assez de moi. Si elle sait que je suis sa maman et que je l'aime de tout mon coeur.

Bref, c'est pas toujours simple de se sentir "dépossédée" de ce rôle qu'on a toujours eu...

Passe une bonne journée (malgré mon billet totalement larmoyant x)), je t'embrasse !

Ps : Bienvenue à tous ceux qui arrivent et un énorme bisou à vous tous qui me suivez, ici, sur facebook, sur instagram. Partager avec vous m'aide beaucoup à avancer, à chercher le joli partout <3 

samedi 10 novembre 2018

Ça fait 3 mois.

Le 27 octobre, ça a fait 3 mois que je sais exactement ce qui m'arrive. Que je sais que j'ai un cancer du poumon donc. Je sais que j'avais dit que je ne parlerais pas que de ça. Mais force est de constater que pour le moment, c'est surtout de ça dont j'ai besoin. Donc, bah j'écris.

Donc 3 mois. Et j'ai eu des nouveaux résultats de scanner. Celui d'il y a 6 semaines était bon, la maladie restait à sa place. J'avoue, j'avais un peu stressé, mais vraiment pas trop. Je me sentais plus pas trop mal de ce côté là. pas plus malade, même moins, parce que mes ganglions me laissaient tranquille. Mais j'avoue, pour le dernier scanner, qui a eu lieu lundi, j'étais vraiment stressée, j'avais le ventre tordu dans tous les sens, je le sentais mal. Ça faisait des semaines que j'étais sûre que la maladie évoluait, malgré tous ceux qui tentaient d'être rassurant. Mes ganglions gonflaient beaucoup, j'en sentais de nouveau, il a fallu me remettre deux fois sous corticoïdes pour que je puisse respirer et manger convenablement... Bref, j'étais pas rassurée lundi. Et effectivement, j'avais raison, l'oncologue m'a annoncé que la maladie avait malheureusement progressé et qu'en prime, j'avais une embolie pulmonaire. Importante sur les clichés. Mais moi, j'allais plutôt bien. Enfin, ça faisait quelques temps que je m'inquiétais de sensations bizarres dans les poumons, mais l'examen était bon, mes constantes aussi, alors on a pas fait de scanner ni d'hospitalisation. Et finalement, il aurait peut être fallu faire au moins le scanner... Bref, je vais quand même bien, pas besoin de rester à l'hôpital, j'ai juste des injections d'anticoagulants à faire chaque jour. Pour le reste, on perd pas plus de temps avec la chimio. On est passé mercredi à l'immunothérapie qui s'est plutôt bien passée.

Émotionnellement, honnêtement, ça a été difficile à encaisser. Ça l'est encore. Apprendre que ces dernières chimio n'ont pas servi, que je suis encore plus malade qu'avant... c'est dur. J'ai l'impression que ma "date de péremption" a été avancée. Alors mon oncologue m'a dit qu'ils reprenaient les recherches sur ma biopsie, pour voir si y avait pas d'autres traitements basés sur les gènes qui puissent me correspondre. Je suis jeune, il faut tout tenter pour me garder en vie. Et je suis totalement d'accord. Je lui en suis reconnaissante.

Ça fait 3 mois que je sais ce que j'ai. 5 que je sais que je suis malade de quelque chose. Et la maladie a encore évolué et colonisé un peu plus mon corps. Et c'est si dur à accepter ! Je veux pas que ça avance. Je veux qu'on me dise "madame, vous êtes guérie...!" Je sais que c'est naïf. Et impossible avec cette pathologie. Mais j'aimerais tellement ! Ca fait 5 mois que je suis malade. Je trouve que ça suffit. C'est assez. on a tous compris qu'il fallait que je prenne plus de temps pour moi, qu'on voit le joli, qu'on s'aime chaque minute. C'est bon, on a eu peur de la mort, on a compris. On sait qu'on peut partir à  tout moment et que la vie est fragile et qu'on doit profiter. J'ai plus "besoin" d'être malade. Merci beaucoup pour cette leçon de vie. Je peux être guérie maintenant, s'il vous plait ?

Bah quoi ? Faut bien demander non ?

C'est si long 5 mois. Ou même 3 d'officiels.

Mais bon, comme personne n'a jamais passé une porte en criant "POISSON D'AVRIL, T'AVAIS RIEN!", bah j'ai décidé d'avancer. Comme d'habitude. De voir le joli et le bon côté des choses : L'immunothérapie a moins d'effets secondaires, et si mon oncologue s'est tourné vers ça, c'est qu'il pense que ça va fonctionner. Alors j'avance, je lui fais confiance. Je retrouve mon sourire, parce que j'en ai besoin. Je sèche mes larmes, parce que pour avancer, oui, il faut évacuer, mais il ne faut pas s'apitoyer.

Alors j'accepte d'être malade, d'avancer, encore et toujours. Parce que finalement, est-ce que j'ai vraiment le choix ? Je comprenais pas vraiment, avant, ce qu'on voulait dire par "il faut se battre" en parlant des malades face à la maladie. Bah ça y est, j'ai compris.

Et je ne cesserai jamais de me battre pour vivre t rester auprès des miens.

Ce billet est totalement décousu et porteur de mauvaises nouvelles, mais je te remercie de l'avoir lu. Passe une bonne journée, je t'embrasse !

vendredi 28 septembre 2018

Et la maisonnée alors? Comment ils ont réagi ?

Depuis que je sais qu'y a un truc qui cloche, je parle de moi, et encore de moi. Ce qui reste logique, puisque ça m'arrive à moi. Mais je ne suis pas seule à vivre tout ça.

Il y a mon compagnon déjà, qui a, dès mon accouchement (et son congé paternité du coup), abandonné le travail pour m'aider avec Petit Astre et les grands, et ça tombait bien parce que mon état de santé s'est clairement dégradé à partir de ce moment-là. Avant l'accouchement, j'avais la forme, tout allait bien, la veille de mon accouchement, j'allais à l'école d'un bon pas avec ma poussette (avec Arc-en-ciel dedans) et mon gros ventre pour aller chercher les grands. Mais quelques jours après l'accouchement, j'étais clouée au canapé, mon dos ne suivant pas. Et ça s'est aggravé au point de me forcer à marcher pliée en deux. Sans parler de la fièvre, de l'épuisement et tout ce que j'ai déjà détaillé ici.
Bref, mon homme a dû prendre le relais. Il a dû apprendre, en quelques jours à s'occuper des enfants, faire à manger, faire le ménage, endosser la "charge mentale" que je me coltine depuis toujours. Et même s'occuper du tout mini bébé la nuit une fois que l'allaitement a été terminé. Autant dire que je ne fais plus grand chose. Et pourtant, parfois ça reste trop pour moi... Heureusement qu'il est là, franchement ! S'il travaillait, je ne sais pas du tout comment je ferais !

Il y a aussi les enfants. Ils sont pris dans la tourmente sans avoir rien demandé... Et s'adaptent si bien ! Parfois avec un pincement au coeur de ma part d'ailleurs. Le machinal "mamaaaan?!" est devenu "papaaaa?!" par exemple. Et ça ça pique. Ne parlons pas du fait que Petit Astre ait son papa comme figure d'attachement principale non plus...
De ce qui est de la maladie, tous sont au courant. Oui, même Rorore. Parce que c'est important qu'ils sachent. Alors non, ils ne savent pas tout, évidemment. On ne leur a pas dit que je vivrais sûrement moins longtemps que prévu. Par contre, ils savent pourquoi je vais à l'hôpital, ils savent que je ne guérirais pas, et que c'est grave. Ils savent que je me fatigue plus vite, que je peux être mal aussi.

Doudou est devenu encore plus câlin que d'ordinaire. Il vient constamment me serrer dans ses bras, me faire des bisous et me dire je t'aime. C'est celui (évidemment) qui a le mieux compris ce qui se passait et je pense qu'inconsciemment, il en comprend encore plus. Il est aussi devenu plus sensible en général. Il avait déjà peur de la fin du monde etc depuis plusieurs mois, il a désormais également peur de nous perdre. C'est déstabilisant, et je ne sais pas trop comment le rassurer, sans lui mentir en prime. Il a également envie de nous faire plaisir : à l'école, globalement, ça se passe mieux. Chaque jour, il a une note de comportement.... Et il lui est arrivé de tricher pour nous faire plaisir. La maîtresse était vraiment fâchée. Nous avons donc rendez-vous cet après-midi afin de lui expliquer la situation... et qu'elle comprenne pourquoi Aloys a fait ça. Parce que non, nous n'avons pas pensé en début d'année qu'il était important de dire aux maîtresses que j'étais malade alors que peut être que si finalement.

La Bulle est devenue encore plus secrète, si c'est possible. Elle est plus câline également. Pas qu'elle ne l'était pas avant, mais j'avais l'impression qu'elle n'osait pas (Oo). Elle est passée par dessus ça et réclame (enfin!) sa part. Elle me dit toujours, comme depuis des mois (ce qui me fait me demander si elle n'avait pas senti quelque chose, finalement) "tu sais maman, je t'oublierai jamais ! Je t'aime!". Imagine le choc lorsque j'ai appris que j'étais malade et que je me suis rappelé de cette phrase de ma petite fille de 4 ans....! Elle est aussi encline à exploser en sanglot sans raison apparente, notamment lorsque j'ai été hospitalisée 11 jours lors de ma première cure. Désormais, elle a peur que je reste aussi longtemps quand je pars. Niveau école, elle est toujours la même petite fille appliquée, mais il faudra quand même que nous prévenions sa maîtresse au cas où, bien que son ancienne maîtresse et son ancienne ATSEM soient au courant (on s'entendait très bien, je les ai donc mises au courant, sachant que l'ATSEM savait pour mes ganglions l'an dernier).

Arc-en-ciel, je sais pas trop si son comportement actuel est lié à la maladie. Parce qu'elle a eu une petite soeur... et 2 ans aussi. Elle est collante et veut des câlins touuuut le temps (et pas n'importe lesquels : "dans les bras!"), elle veut faire le potit bébé (boire son bibi d'eau dans nos bras), elle crie NOOOOOOON, elle exige, elle n'est jamais d'accord.... Mais distribue de l'amour à tout le monde. Des bisous, des câlins, en veux-tu en voilà.... Et des baffes pour sa grande soeur aussi. Je ne sais pas pourquoi, mais martyriser Ambre est son grand dada. Elle a du mal à me voir partir, je pense à cause de ma longue hospitalisation, elle est passionnée par les pansements (étrangement), mais au niveau de la maladie, c'est tout. Le reste, je pense vraiment que c'est parce qu'elle a le cul entre deux chaises : mi bébé mi petite fille, et grande soeur de surcroît !

Petit Astre, elle, n'a connu que la maladie, les absences de maman, et le relais de papa. Alors ma foi, ça va. Elle est parfaite. Elle dort bien, a pris le bibi comme si c'était naturel, s'adapte lorsque je ne suis pas là... Bref, le bébé dont tout le monde rêve. C'est un bébé sourire, un bébé magique quoi ! Elle aussi je lui ai expliqué, notamment parce qu'il fallait la sevrer. Et elle a été sevrée d'un coup, sans que ça soit progressif.... Et elle n'a rien dit. Quand je dis qu'elle est magique !

Bref, chacun prend ses marques, chacun s'acclimate peu à peu. Pour nous, parents, c'est pas toujours facile, surtout avec un bébé de pas encore 4 mois. Mais on fait au mieux. On prend notre mal en patience, on sait que ça passera. Et on sait que de jour en jour, on s'organise de mieux en mieux. Aussi difficile que ça puisse être avec mon corps qui suit pas et celui de mon homme qui fatigue de tout faire. Alors oui, je faisais quasi tout ce qu'il fait. Quasi parce que je n'ai jamais connu ce que c'était d'avoir 4 enfants! Mais surtout, pour moi, tout est arrivé progressivement. Lui, il faisait quasi rien et d'un coup, hop, 4 enfants, le ménage, la charge mentale.... et surtout, me voir malade, lui qui me pensait indestructible! On tâtonne, on accepte l'aide qu'on nous propose, que ça soit les proches (ma mère vient tous les mercredis par exemple) ou les institutions (on a une aide ménagère et on aura surement quelqu'un pour nous aider avec les enfants). Notre routine commence à être en place, il va bientôt être temps de prendre du temps, juste à deux, pour se retrouver !

Bonne journée, je t'embrasse !