mardi 2 février 2016

Maternité et culpabilité [dépression post partum]

Il y a deux ans, je te parlais du baby blues. Qui finalement, après recherches, c'est avéré, dans mon cas être une dépression post partum. C'était après la naissance de mon grand doudou de maintenant 4 ans et demi.
Tu dois te dire qu'après tout ce temps, je dois avoir réglé tout ce qui s'est passé pendant ces longs mois. Eh bien... ça serait faux de le penser.

Je n'ai pas vécu cela pour la Bullette. Elle est née, naturellement, comme je l'avais attendu de longs mois. Elle a un peu guéri la blessure de cette césarienne. Un peu, mais pas totalement. Parce que c'est une naissance que je ne connaîtrais jamais, qu'elle reste une épée de Damoclès au dessus de ma tête pour toutes mes grossesses. Elle m'a comblée, cette toute petite. Ses premiers mois ont été difficiles et fatigants, entre le fait qu'elle pleurait beaucoup, qu'elle voulait mes bras tout le temps, la fatigue intense... Sa première année a été très difficile (ajoutons à son caractère de glue deux opérations, et tu obtiens le combo gagnant), mais j'en garde un merveilleux souvenir. J'étais heureuse, je l'aimais à la folie. J'aurais pu refaire un bébé derrière tout de suite, pas pour corriger quoique ce soit comme ça a été le cas pour Doudou (où je voulais non seulement corriger l'accouchement, mais également cette grossesse et ses premiers mois où j'étais seule), mais simplement parce qu'elle me comblait et que je me sentais prête à distribuer tout cet amour.
Tu vas me dire, "oui mais tu parles de culpabilité dans le titre, là tu nous fais juste un résumé de tes deux enfants. Tu veux en venir où?". J'y viens justement.

Pendant que j'étais encore au bloc, Doudou et son papa.


La relation avec Doudou est compliquée depuis la naissance de sa soeur, peut-être dû au fait qu'elle a toujours été très demandeuse, et que son caractère est plus doux et plus câlin que celui de son grand frère. Alors naturellement, je suis moi aussi plus câline avec elle. Tandis que lui passe son temps à me pousser à bout, elle me fait des bisous partout sur le visage, des caresses et me serre dans ses petits bras.
Je culpabilise donc énormément de ces différences que je fais bien malgré moi. D'autant plus que j'ai l'impression d'avoir privé mon fils d'amour lorsqu'il était si petit, de ne pas avoir été à la hauteur. De ne pas avoir profité. D'avoir été irascible, fatiguée, triste. Alors que lui était là, n'attendait que moi. Mais il était si calme... (et parfois si pénible aussi). Il ne réclamait pas de câlins, et j'étais persuadée que la place d'un bébé n'était pas dans les bras de sa mère, qu'il allait en devenir capricieux (ouais, l'éducation toussa... j'en suis pas fière du tout).
Je sais aussi que la dépression post partum survient souvent après une césarienne puisque les hormones normalement libérées par l'accouchement vaginal manquent à l'appel. Mais je ne peux m'empêcher de me dire qu'avec ce bébé, j'ai tout raté. Mon accouchement, mon allaitement, ses premiers mois.
Je ne pas m'empêcher de me demander si son comportement si difficile parfois ne résulte pas de cela. Si quelque part, il ne m'en veut pas. Des fois, je le regarde, et j'ai envie de pleurer. De retourner dans le passer et de serrer ce tout petit sur mon cœur. De tout recommencer avec l'expérience que j'ai acquise pour accueillir sa petite sœur, et mes prochains enfants. Je l'aime tellement, et pourtant, j'ai été bien incapable de lui montrer aussi fort que j'aurais dû. C'est un petit garçon merveilleux, et je ne peux me retenir de m'en vouloir de tout ce dont je l'ai privé, cet innocent bébé. Je voudrais effacer cette césarienne et tout ce qui en a découlé. Je voudrais avoir une chance de tout recommencer, de lui montrer quel maman j'aurais pu être pour lui. Comment je suis heureuse de le tenir dans mes bras, lui donner le sein nourricier dont il avait besoin.

J'aimerais revenir dans le passé pour montrer aux autres que je ne vais pas bien aussi. Je me suis ouverte à quelques personnes qui ont conclu que je "m'écoutais trop", que ça allait passer. Qu'il fallait que je me secoue. Pour les autres personnes, j'allais bien. Je souriais, je parlais, j'avais l'air bien je suppose. Parce que faire bonne figure, je sais bien faire. Ce qui se dissimule dessous est en général moins glop. J'aurais aussi voulu qu'on m'explique ça existait. On m'a dit que c'était dans ma tête. Que ça n'existait pas. Pire : que c'était pour les personnes faibles. Alors que j'ai toujours voulu être forte, que je pensais l'être. Et finalement, j'étais si faible que je me laissais emporter par l'imaginaire "baby blues". Comme tu t'en doutes, j'ai arrêté de parler de ce que je ressentais à ces personnes. en me débattant toujours dans cette mélasse qui ne me laissait pas savourer mon bonheur d'avoir enfanté un merveille. J'aimerais retourner dans le passer et m'expliquer à moi même qu'il me fallait de l'aide.

Qui sait, peut être qu'un jour cette culpabilité s'en ira? Qu'elle ne me donnera plus envie de pleurer en regardant le visage endormi de mon premier bébé. Peut être qu'elle ne partira jamais, me poussant encore et toujours à être une meilleure mère? Ou alors, peut être que nous devons essayer de cohabiter toutes les deux? Que je devrais accepter la part de responsabilité et d'ignorance que j'ai dans cette histoire ? Que j'arrête après presque 5 ans d'en vouloir au boucher qui m'a ouvert le ventre pour sortir mon bébé si bien au chaud?

Je n'en sais rien. Toujours est-il qu'aujourd'hui, j'avais besoin de te l'avouer. Je vis tous les jours avec cette culpabilité qui me ronge, en plus d'une épée de Damoclès au dessus de ma tête pour chaque enfant que je porte. Et pour que tu saches, si toi aussi tu vis ce genre de chose, que tu n'es pas seule, même si je n'ai pas de recette pour effacer l'ardoise.

Bonne journée à toi, je t'embrasse
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14 commentaires:

  1. Bonjour,
    Votre récit me fait mal au coeur, c'est tellement dur d'être maman, surtout les premiers temps, et après une césarienne, je n'imagine pas la difficulté à trouver sa place...
    Je me permets juste (et vraiment ce n'est pas un jugement sous forme de conseil!) d'affirmer qu'il n'est jamais trop tard. Toute relation est réparable tant qu'il y a de l'amour des deux côtés (et quel amour est plus grand que celui d'un enfant et de sa mère?!), je ne dis pas que c'est simple, mais soyez sure que c'est tout à fait faisable!
    Lui avez-vous raconté sa naissance et les blessures qu'elle vous a occasionné?
    Encore une fois, je ne veux absolument pas jouer la moralisatrice, la relation à nos enfants est tellement complexe et impénétrable par un tiers! Et tout peut changer d'un côté comme de l'autre.
    Bref, je vous souhaite d'arriver à trouver l'apaisement dont vous avez besoin.
    Bises

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    1. Merci beaucoup pour ce commentaire que je trouve pas du tout moralisateur :) il confirme ce qu'une partie de moi sait, contrairement à l'autre. J'ai commencé à lui en parler. Pas de comment je l'ai vécu, je ne veux pas qu'il se denté coupable, il est encore petit. Pae contre il sait qu'il est né par césarienne contrairement à sa soeur et que le médecin a été le déloger alors qu'il voulait rester au chaud. C'est un premier pas...! (qui a été facile finalement, il regardait mon ventre et caressait le bébé et il a vu ma cicatrice et m'a demandé ce que c'était. J'ai donc pu lui expliquer. Sa soeur a fait une crise presqu' à en pleurer parce qu'elle ne veut pas que le docteur me coupe le ventre (elle me le dit encore souvent et à l'air soulagée d'être passée par là "porte de sortie").
      Enfin bref, tout ça pour dire qu'il me reste du chemin à parcourir pour être en paix avec tout ça :'(

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  2. Comme ton récits est émouvant ! On a tellement d'attente avec un premier enfant et aussi tellement de désillusions car la réalité est souvent bien différente de ce qu'on avait en tête avant. On veut bien faire mais ce n'est pas toujours facile. Je viens d'avoir un petit bébé et franchement rien ne nous y prépare vraiment ! On apprend sur le tas et du coup ce premier né essuie un peu les plâtres si j'ose dire... Tout est nouveaux pour nous! ce que je me dis c'est qu'une relation mère/enfant se construit sur le long terme et que même si le départ a été difficile tout ne se joue pas à cet âge... Il nous reste encore beaucoup de temps pour créer un très beau lien avec nos enfants.

    Courage car les affres de la culpabilité sont terribles et souvent injustes.

    Bisous Vanessa

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    1. Totalement injustes et presque destructeurs, en effet! Comme tu dis, on attend tellement de notre nouvelle maternité, de notre premier bébé.... Et c'est tellement différent de la réalité... Pour ma part, je suis tombée de haut :/
      On va dire que le principal est de faire de notre mieux?

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  3. Maëva, j'ai juste envie de t faire un gros câlin !
    Ton récit est magnifique, et qui sait, quand Doudou sera plus grand, il pourrait bien tomber dessus, et avoir lui aussi de te faire le gros câlin que tu mérites ^^

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    1. Toi t'es un amour ♥♥♥♥ merci ma douce ♥♥♥♥

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  4. Tu sais je crois surtout que chaque enfant est individu propre, et qu'il a déjà son caractère. Tes 2 loulous sont bien différent, comme les miennes, et comme dans beaucoup d'autres fratries. Ma prem's est un peu comme tout grand, parfois/moins souvent maintenant (que c'est appréciable) elle me pousse à bout. Ça vient peut-être de nous aussi (trop exigeant) ? En tout les cas, ce qui est bien c'est qu'on se pose des questions, et qu'on se remet en questions. Je crois que c'est déjà beaucoup. Je comprends ta situation, je vis un peu la même chose avec mes louloutes. Des bisous.

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    1. C'est pas tant avec son comportement que j'ai du mal. J'ai intégré qu'il était lui un point c'est tout. Je m'en veux de pas avoir été la même mère avec eux deux et de pas leur avoir donné les mêmes chances à la base. Et je me demande si ma dépression ne fait pas que ma relation est conflictuelle avec doudou et que de base elle était peut être biaisée. Je me demande si cette dépression ne l'a pas forgé comme ça pour attirer mon attention. Je me demande s'il serait le même si j'avais été dans mon état normal.
      Je ne le remets pas lui en cause. Juste moi et l'amour que je lui ai apporté d'une manière déformée par rapport à ce que je ressentais. (je sais pas si je suis claire ^^)

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    2. Je pense que notre comportement n'est forcément pas le même , dépression ou pas, selon le comportement de l'individu. C'est bien que tu te remette en cause, mais il ne faut pas non plus croire que tu es la seule cause du "problème". Parfois, je me dit, que j'aurais besoin d'un psy ^^ Et ma grande certainement aussi...

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    3. Je parle de l'amont de nos différands actuels justement, quand il n'avait pas encore de réel comportement en tant que bébé ^^ je sais que de toute manière j'ai changé. Mais ça n'empêche que la culpabilité de ne pas avoir été totalement disponible pour lui me pèse. Pas son comportement d'enfant de 4 ans ^^
      Je me pose parfois la question, mais il comprend mieux certaines choses depuis peu et parler est enfin fructueux, je croise les doigts que ça continue ^^

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  5. Fiou, ton article m'a mis les larmes aux yeux. C'est écrit avec tellement de vérité qu'on ne peut qu'empatir à tes sentiments. Même si tu doutes, et te sens coupable, je suis sûre que tu aimes ton doudou autant que ta dernière et que lui aussi t'aime de tout son coeur.
    Profite de tes instants avec lui, et de ceux avec la bullette.
    Bonne continuation à toi ♥

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    1. Merci beaucoup pour tes mots ♥ je les aime à la folie, et c'est ptet là le problème... Je les aime peut être un peu trop x) on dira que ça ne peut que me pousser à m'améliorer? (mais qu'il va quand même falloir qu'un jour je me departisse de ces sentiments qui me plombent pour profiter au maximum sans me fustiger en permanence x)
      Merci d'avoir laissé un petit mot ♥ à bientôt j'espère !

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