lundi 7 mars 2016

[N'ayons pas peur des mots] : J'ai été victime de violences obstétricales


Aujourd’hui, j’ai envie de raconter quelque chose. Enfin, envie est un grand mot. Besoin serait plus juste en fait. J’y ai pensé en lisant un énième témoignage partagé sur la page « Le corps des femmes » au sujet des violences obstétricales.  Je vais encore parler de ma césarienne.  Et oui. Encore. Mais cette fois-ci, avec le recul que je n’avais pas les fois précédentes, et sans parler des sentiments que j’ai pu ressentir (enfin, pas au point de mon dernier billet en tout cas).
Je vais commencer par le début.
Je suis tombée enceinte de doudou, je venais d’avoir 22 ans. J’étais jeune et naïve. Je suis tombée sur une gynéco tout sauf aimable, mais avoir un rendez-vous rapidement chez un gynéco c’est la croix et la bannière dans une grande ville. Et je ne savais pas qu’on pouvait se faire suivre autrement. Elle n’a pas voulu me croire quand au rendez-vous des 4 mois, je lui ai dit que je commençais à sentir bébé. Parce que pour elle c’était trop tôt. Surtout pour une primi. Elle était sèche comme du papier de verre, aimable comme une porte de prison et humaine comme un porte-manteau. Mais comme d’habitude, mon manque d’expérience et ma bisounourserie m’ont empêché de voir ça tout de suite. Pareil lorsqu’à 21SA j’ai fait mon échographie morphologique, l’échographe s’est moqué de mon poids. J’ai juste ri. Parce que j’étais trop heureuse de découvrir que je portais mon fils, que je le voyais bouger comme un petit poisson. J’étais trop émerveillée pour comprendre. Ou trop naïve.
Après, j’ai changé de gynéco, rapport à un déménagement, et ça s’est mieux passé (malgré les récurrentes engueulades sur mon poids… mais avec +22kg au compteur, on peut comprendre quand même. Mais j’ai grossi quand même, évidemment).
Ca s’est mieux passé jusqu’à ce qu’elle passe le relais à un autre gynéco qui accouchait dans la maternité où je devais accoucher, elle-même n’accouchant pas dans cette clinique. C’est là que c’est devenu un enfer.
Ce médecin (mais mérite-t-il vraiment ce titre ?) m’a fait mal. A chaque visite. Aux échos parce que j’étais trop grasse et qu’il voyait rien (comment lui expliquer que ma gynéco ne me faisait jamais mal ?), au TV, mais c’est pas sa faute, je ne suis rien qu’une chochotte. Au corps, non seulement, mais au cœur aussi. Il m’a fait douter. De tout. Pour lui, je faisais du diabète gestationnel, alors que mon test était nickel, que les diverses analyses étaient bonnes. Mon bébé était trop gros, il fallait déclencher. Il a tenté un décollement des membranes. Évidemment, sans me prévenir. J’ai souffert toute la nuit et le lendemain (parlerons-nous de l’acte en lui-même ?), et je n’ai compris que bien plus tard… (Surtout que bon, avec un col comme j’avais, je me demande comment il a pu espérer réussir. Autant essayer de fourrer son doigt dans une serrure en espérant l’ouvrir quoi). Il m’a donc imposé le déclenchement, je suis revenue le lendemain, avec mon col aussi favorable que peu l’être un morceau de bois.
Pendant tout le déclenchement, je ne l’ai pas vu. Je n’ai vu (et encore que vaguement) que les sages-femmes. Une journée, une nuit et une autre journée presque entière. A souffrir, sans être soulagée à aucun moment. Avec le recul, j’aurais du partir, puisque ça ne fonctionnait pas, que je souffrais abominablement pour rien (parlons des TV affreusement douloureux qu’on m’imposait toute les heures à  tel point que je me cachais ?). Ah si, je l’ai vu le premier soir, il est venu me dire que si quelque chose changeait, la douleur, ou perte des eaux, je devais prévenir, mais « j’y crois pas ahahahaha » ouais. Ahahahaha. Comme quoi, il savait déjà que tout ce que je subissais ne servait à rien du tout.
Je suis partie au bloc vers 18h, parce que j’avais de la fièvre (d’ailleurs, je ne comprends pas… pourquoi ils ne l’ont pas fait baisser au lieu de me césariser ? Ils n’ont pas voulu attendre les résultats pour une infection urinaire… quid des bandelettes ? Alors que c’était une infection urinaire suite aux nombreux TV, à la douleur, au fait que je ne pouvais pas boire tellement j’avais mal, et la chaleur ambiante n’arrangeant rien… Bref, je ne comprends pas non plus ça…).
Je suis arrivée au bloc, avec une sage-femme adorable et un anesthésiste qui m’a tenu la main et expliqué ce qui se passait derrière le champ au fur et à mesure. Eux ont été au top… Le gynéco…  Je crois que c’est la première fois que je parle ouvertement de ça. Et ça va te paraître bizarre peut être, mais… j’ai honte. Terriblement honte. J’en ai envie de pleurer tellement j’ai honte. Alors qu’il devrait avoir honte. Mais lui a sûrement oublié, et depuis bien longtemps. Genre depuis qu’i l est sorti du bloc. Moi, j’ai pas oublié, et je pense que ça n’arrivera jamais.
Tu te doutes bien, pour une césarienne, tu es tout ce qu’il y a d’exposée. Si toi nudité, tu ne la vois pas, cachée derrière le champ stérile comme tu l’es, les bras attachés en croix, histoire de pas t’enfuir, le chirurgien et ceux qui sont avec lui, eux, la voient. Tu es là, vulnérable, ton gros ventre, tes seins qui pendouillent de chaque côté de toi, tes difficultés à respirer à cause du poids de ton bébé et de ton propre corps totalement anesthésié. Et tu l’entends, lui, rigoler parce qu’il n’a jamais vu d’aussi gros seins, que tu dois forcément piquer la bouffe de ton homme qu’il a vu, et qu’il sait épais comme un haricot. Tu l’entends parler de ton corps comme une masse inerte, moche, grosse, répugnante en somme. Et toi, tu te concentres, en te disant que cette naissance n’est pas celle dont tu as rêvée, mais que tu vas rencontrer ton tout petit, enfin ! Plutôt que de te concentrer sur les insultes faites à ton corps qui s’apprête à délivrer la vie, tu écoutes l’anesthésiste qui te dis de bien respirer dans ton masque, qui t’explique chaque étape « vous allez sentir une pression, c’est qu’il pousse bébé pour le faire sortir ». Ca appuie, tu respires à nouveau, et tu entends ton fils pousser son Premier cri.
Pendant longtemps, je ne me serais accrochés qu’aux sensations de cette naissance, seuls indices physiques que j’avais donné la vie. Ca, la sensation de scratch quand le placenta a été retiré, plutôt que les remarques insultantes, qui ont continué à la pesée de bébé, celle du placenta. Tout.

Mon bébé, sans moi, sans son papa, en couveuse, seul....


J’ai également occulté cette petite phrase, dite le lendemain à la visite journalière : «  Vous ne me verrez plus, vous verrez le Dr Bidule, je pars en vacances. Au revoir. »
Et ma sensation, 4 ans après ? Avoir été un utérus à vider, un point c’est tout. Une matrice et non plus une femme. Un amas de chair duquel il faut délivrer cet enfant, parce que surement que la graisse n’aurait pas manqué de le tuer en ces derniers 13 jours qu’il lui restait à vivre dedans. Tellement que pour tout son séjour en maternité (5 jours donc), il a été piqué tous les jours sur son petit talon tout frais, histoire d’être sûr que sa glycémie était bonne, le « tas » ayant forcément fait du diabète. Eh non, mon con, le diabète gestationnel n’est pas l’apanage des grosses femmes. Ni de celles qui font de gros bébés. Eh non.

Je l’ai revu, une fois, pour la bulle. Ma gynéco m’a envoyé vers lui pour l’écho des 22SA. Il m’a fait encore mal, appuyant aussi fort qu’il le pouvait sur ma cicatrice (est-ce nécessaire de préciser que ma gynéco et mon gynéco adorable qui m’a accouché ne m’ont jamais fait mal ?), il m’a encore dit que de toute manière j’étais trop grosse. Il m’a aussi dit que j’avais fait du diabète gestationnel, et que ça ne manquerait pas. J’ai eu beau dire que NON, je n’avais pas fait de diabète, je crois qu’aujourd’hui encore, il ne me croirait pas. Il m’a également assuré que mon col ne dilatant pas (le déclenchement de 2 jours m’a fait gagner ½ doigt. Génial hein ?), je n’accoucherai jamais pas voies basses. De toute manière, un gros bébé ne passerait jamais et que je ne savais faire que ça (la bulle était encore à l’époque, pile dans les courbes hein). Précisera-t-on qu’il ne m’a jamais fait de pelvimétrie, même pour doudou attestant du bien fondé de « gros bébé passera pas » ?
Cela va sans dire que quand j’ai vu ma gynéco deux jours plus tard je lui ai dit qu’elle se débrouillait mais me trouvait un autre médecin accoucheur. Que celui-ci, il ne me verrait plus, sous quelqu’angle que ce soit. Plus jamais.

Voila. J’ai fini par dire tout ce que je reprochais à cet homme. Que je tais en général. Parce que j’ai honte, vraiment. J’en avais vaguement parlé dans mon témoignage pour « Mon corps, mon bébé, monaccouchement ! », mais la honte m’avait fait taire le principal.
Aujourd’hui, enceinte de mon 3ème bébé, je sais que tout cela n’était pas normal, et j’ai su m’entourer de personnes rassurantes, dans une clinique où tout le monde est adorable, où je suis considérée comme une future maman et non plus comme une grosse sotte qui ne connaît rien à la vie. Je me suis sentie écoutée par les sages-femmes que j’ai rencontrées, épaulée par les professionnels que j’ai vus (et j’en ai vu 3 avant d’avoir ma gynéco actuelle !).

Si j’écris ça aujourd’hui, c’est en espérant que les mentalités changeront. Que les femmes prendront conscience que tout cela n’est PAS normal. Et que ce genre de personne seront punies pour les traumatismes qu’elles infligent à d’autres.

Merci de m’avoir lue une fois encore, je t’embrasse !

Ps : bientôt un billet plus joyeux, j'ai un secret à te dire !
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22 commentaires:

  1. C'est abominable ! Il faut porter plainte contre ce monstre pour abus de pouvoirs et discrimination ! Il a violet votre corps en forçant le déclenchement ! Et purée encore un cretin qui crois direct que parce que l'on est en surpoids on est obligatoirement en diabète c'est faux archi faux !!! Avez vous la possibilité de trouver des clientes qui aurais subit la même chose et de vous regrouper contre lui afin qu'ils ne fassent pas subir à d'autres ce que vous avez subit ! Bon courage

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    1. Je devrais porter plainte, mais j'aurais jamais le courage. En parler est déjà dur... Et malheureusement, comme on me l'a dit si doctement, c'est aussi comme ça qu'il s'en sort. Malheureusement, je ne connais personne d'autre qui soit allée le voir, encore moins du coup quelqu'un qui aurait eu à souffrir de ses actes. J'ai lu des choses sur des forum par conter....
      Après, j'arrive pas à comprendre comment un GYNECO peut encore penser que le poids à quelque chose à voir avec le diabète. Un mec lambda, mal informé... à la rigueur. Mais un médecin confronté aux maladies gravidiques toute l'année depuis 30 ans, ça me dépasse totalement !!
      Merci beaucoup <3

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    1. Je dirais même une insulte à la profession qu'il exerce... Et un sacré connard. Je pense qu'il a de la chance que je ne cite pas son nom. Il a du bol que j'ai pas assez de couille pour ça !

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  3. Mais quel... CON !!! Quel enflure !!! Désolée, je n'ai pas d'autres mots !
    Il ne faut surtout pas que tu ait honte, surtout pas. Tu es magnifique <3 Il n'avait pas le droit...
    Mon BabyCadet a eu comme ton loulou suite à sa naissance, parait que j'étais trop maigre et qu'il lui manquait 5gr... Et ces putains de cesarienne imposé à cause du protocole ! Gggrrrrrrrrrrr !!! Ils ne se rendent vraiment pas compte de l'impacte du moindre détails de ce jour si important :(
    Je ne sais pas si tu connais le film "loba", il est top ! Il aide bien à comprendre la connerie de certains médecins...

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    1. Merci beaucoup <3 Physiquement j'ai eu très longtemps honte de mon corps, d'autant plus à ce moment là, j'ai mis du temps à me reconstruire et à dire f*ck à tous ceux qui méprisent mon enveloppe ! Maintenant, j'assume ce corps, aussi imparfait soit-il, et pour ça, je peux remercier mon homme qui m'a toujours aimé comme je suis ! (je crois que je ne lui ai même pas parlé à lui de ces insultes, tellement j'avais honte...)
      5g ? Ils sont SERIEUX ? -_-u mais c'est du grand n'importe quoi ! "Le protocole" a vraiment bon dos... Ou comment transformer mère et enfant en numéros et non des humains...!
      Je ne connais pas, non, mais j'ai vu un lien passer sur fb disant qu'aujourd'hui le visionnage était gratuit justement ! Merci beaucoup, sans ça, je n'aurais pas su ce que c'était !

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  4. Pfiou ! La grossesse et l'accouchement devraient être des beaux moments de notre vie et j'ai l'impression que cet homme odieux t'a volé ça :(
    J'espère que de l'écrire t'aura fait du bien...
    Milie

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    1. Oui et non on dira : je le remue une fois encore, ça pique quand même... Mais j'ai la confirmation que tout cela est immonde, que mon sentiment d'avoir été volée de ces instants et d'avoir été maltraitée sont légitimes, et ça, je peux te jurer que ça fait un bien fou ! Je pense que frapper cet homme ne m'aurait pas fait autant de bien (quoique si on me propose, je dirais pas non, hein. Faut pas charrier !)

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  5. Tu pourrais porter plainte, ça ne changerait surement pas grand chose à sa vie mais bon :( horrible <3

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    1. Je pourrais, oui, mais ça changerait rien, c'est vrai, et je pense que je suis pas prête à pouvoir parler de ça de vive voix avec un inconnu. J'ai même pas pu en parler aux sages-femmes, imagine...! Et notre (parce que je suis loin d'être la seule...!) silence le sauve.... >.<

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  6. C'est dégueulasse, il n'y a pas d'autres mots ... et dire que ce c.... exerce peut-être en toute impunité c'est révoltant !
    Sur certains points, je me suis vu avec mon épouse qui avait peur des jugements et de ses personnes mal intentionnées, qui n'ont pas honte de détruire un moment qui devrait rester unique.
    En tant que conjoint, durant toute cette période j'étais sur les nerfs et zux aguets en ce qui concerne la moindre remarque.
    Pas simple, je te fais des bisous Maëva ^^ Parce que tu le mérites vraiment.

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    1. Elle a de la chance de t'avoir eu à ses côtés ! Que ce soit mon homme où moi, on était trop naïf, on n'y a pas prêté plus attention que ça,c'était peut être normal? (c'est en tout cas ce que nous nous disions à ce moment là. Je crois qu'aujourd'hui, je quitterai son cabinet direct en fait)
      Merci beaucoup, vraiment <3

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  7. Ton témoignage est courageux! Hélas, de nombreux "professionnels" de santé dans le parcours médical qu'une future maman doit emprunter sont comme ce gynéco, complètement décomplexés dans la violence qu'ils balancent. Et ce ne sont pas forcément des hommes en plus. La violence obstétricale est vraiment ce qu'il y a de plus traumatisant, surtout dans ce moment que rien ne devrait venir gâcher!! Ca me donne la rage de lire ta mauvaise expérience. Heureusement que tu as su réagir et bien t'entourer pour tes autres grossesses. Je te souhaite que le meilleur pour la suite!

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    1. Je ne comprends pas qu'ils puissent choisir ce métier pour en faire l'enfer des futures mères ! Changer de voie est bien aussi. Genre éboueur, boucher ou tout autre profession à la hauteur de ce qu'ils font !
      Merci beaucoup <3

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  8. C'est inadmissible d'avoir été traitée de la sorte. Je te fais simplement de gros bisous et un gros câlin ! <3 Merci de l'avoir écrit pour toutes celles qui vivent cela en pensant que c'est peut-être normal et que c'est sûrement de leur faute. Un accouchement c'est tellement important ! Ça devrait toujours se passer dans l'amour et la bienveillance.

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    1. Merci beaucoup ma belle <3
      J'espère oui, que ça aidera quelques femmes à ouvrir les yeux... J'espère surtout que bientôt, nous n'auront plus à dénoncer ce genre de choses! Comme toi, je pense que l'amour et la bienveillance devraient être les maîtres mots. On fabrique la vie, de petits miracles merde!

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Et toi, tu en penses quoi ?